|
Voici une petite interview de Simon et Nicolas, champions de France en 2xHPL réalisée quelques jours après leur victoire. Merci à eux deux d'avoir accepté cette interview. CAT: Tout d'abord, l'ensemble des chablaisiens, thononais et membres du CA Thonon se joignent à moi pour vous féliciter Nicolas et Simon et vous encourager dans vos prochaines régates. Première question simple, racontez-nous un peu votre course, comment l'avez-vous vécue ? Simon: Tout d'abord merci au CA Thonon pour son soutien inflexible depuis que je traîne mon derrière dans les bateaux du club (since 1997). J'ai tellement d'histoires à raconter. Cette course est une des plus belles, sûr ! Un bassin que je pratique depuis longtemps, un ami d'enfance, un bateau chargé de symboles et tout une troupe d'amis venus pour nous supporter : splendide ! Pour être franc cette course était réfléchie, construite et menée de mains de maîtres. J'en suis sur et je l'étais avant. On a simplement fait ce que l'on devait. "L'athlète lui, pense avec son corps et, pour cette raison, agit suivant sa pensée. Disons mieux : sa pensée est un acte (dixit Maurois)." Le départ n'était pas rapide, il était "vite". Il a bien duré pendant 400m de quoi se mettre à l'abri. Des relances tous les 500 mètres dans un train qui n'était rien d'autre qu'une recherche constante de vitesse et de précision. Un finish bien prononcé car rien ne se gagne avant la ligne franchie. Pendant quelques secondes je me dis "voila c'est fait". Puis fièrement je me relève et "embrasse" Nico. La joie prend le relais. Nicolas: Nous avons vraiment fait la course idéale. Nous avons pris un gros départ qui nous a permis de nous placer en tête de la course. Nous étions donc bien placés pour surveiller les attaques de nos adversaires et réagir en conséquence. En fin de course, les creusotins ont fait un bel enlevage mais nous avions assez d'énergie pour réagir. CAT: quel regard avez-vous sur cette victoire avec le recul de 3/4 jours ? Simon: Disons plutôt de 10 jours ! Une des clés du succès est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi est la préparation. C'est ce que disait Arthur Ashe. Notre victoire est belle. Elle vient récompenser des années de travail de deux rameurs qui arrivent à maturité et qui possède une partie du "savoir-faire". C'est tout. Elle signifie juste que ce jour précis, à cette heure et parmi les 12 présents dans l'instant nous étions les 2 meilleurs. Nicolas: Après 3/4 jours, on pense moins au déroulement de la course, on analyse plus notre manière de ramer. En regardant les photos, on voit quelques décalages mais quand on avait la pelle dans l'eau, on accélèrait le bateau tous les deux en même temps et c'était le principal. CAT: le CA Thonon, par votre performance, est auréolé d'un titre de champion de France sénior en double poids léger; dans le football nous serions Bordeaux et le Rugby Perpignan...C'est quand même très flatteur pour une ville comme Thonon. Pensez-vous que cette comparaison à lieu d'être et qu'est-ce qu'elle vous inspire ? Simon: Comparer est assez difficile. Mais il n'est pas de gloire plus grande pour un homme que de montrer la légèreté de ses pieds et la force de ses bras (Homère). Et en cela on retrouve des similitudes. Il ne faut pas se rabaisser de notre titre de champion de France (comme celui de meilleur mondiaux à San Remo) quand on sait tout ce que cela représente ! Est ce sous prétexte que les médias ne parlent pas de nous ou que l'argent prend une place moins importante que l'on peut passer pour des sportifs "à prix discount "? Moi je n'y crois pas un seul instant. Cette victoire est idéale pour le club. Il faut savoir en tirer parti tout en restant humble. Nicolas: Je ne pense pas que l'on puisse comparer de cette façon. Le classement du championnat de france de football correspond plus au classement par points des clubs d'aviron en fin de saison. Ce n'est pas un titre qui fait que l'on est un grand club, mais le total de toutes les courses réalisées par tous les rameurs. CAT: beaucoup de jeunes rameurs s'identifient aux athlètes qu'ils cotoient, aux champions qu'ils rêvent de devenir un jour. Ce titre, comment le percevez-vous ? Qu'imaginiez-vous quand vous étiez jeunes rameurs ? Simon: Plus je m'entraîne dur, plus j'ai de chance (Gary Player). C'est encore une citation je sais. Seulement quand je peux tirer quelque chose de bon de n'importe qui cela m'aide à me construire plus solidement. C'est à l'image de titre, bâtit au fil des ans et des gens. Il faut savoir tirer le meilleur de chacun pour aller au plus loin. Je serais un menteur de dire que je me suis construit tout seul. Je n'y crois pas. Et ramer avec Nicolas est une chance et un honneur. Sur l'eau c'est à deux que nous avons gagné. Avant c'est vous tous qui nous avez inspiré. Au début y avait rien c'est bien connu. Chez moi pas d'ambition de compétition dans les premières années. Tout est venu crescendo. Plus y avait de monde au club moins j'avais envie de me retrouver derrière en bateau. Mais je dois avouer qu'être champion de France est un objectif de longue date et que je suis satisfait d'avoir emmener un équipage (à la nage du bateau) à la victoire. L'imagination et l'ambition me font entrevoir bien plus... Nicolas: Un titre, c'est toujours une belle chose pour un club. C'est toujours bien si ça peut motiver des rameurs, faire venir du monde au club. CAT: Quelle image souhaitez-vous donner...de vous, de votre sport...du Chablais peut-être ? Simon: Je ne vais pas vraiment pouvoir répondre. Je sais que je reflète pas mal de choses et le corps parle de lui même, on est tous pareil. Mais je ne cherche pas à donner une image. J'ai des qualités et leur revers, faut faire avec. Une peut être est que je suis joueur. Le haut niveau est un jeu. Alors autant le vivre et le jouer à haut niveau. (JC Killy). C'est aussi pour cela que je m'y plait. Mais il est sur que j'aime l'aviron, un beau sport et qui pour moi s'inscrit dans l'image du Chablais et du lac, entant que petit fils de pécheur. Nous avons une chance incroyable de pouvoir nous déplacer sur le Lac, espace calme des bruits incessants. Et pouvoir ramer ici, pour ce club sur ce lac me parait essentiel et nécessaire à un équilibre. Alors l'image du chablais est ce que les chablaisiens en donne. J'en connais des calmes, posés, réfléchis et humble. Mais bon on est tous différents ! Nicolas: Je pense que le caractère le plus important dans le sport est de ne jamais abandonner, et de ne pas avoir peur de se donner à fond. En aviron, les courses sont dures mais apportent beaucoup de plaisir si on a travaillé avant. CAT: on sent (mais peut-être nous trompons-nous) que vous accordez de l'importance à votre région d'origine, à votre club ? Est-ce exact et, si oui, en quoi est-ce important ? Simon: oui oui combien de fois oui. Antychois avant d'être Chablaisien et Savoyard avant d'être Francais !   Je m'explique... Le truc c'est que plus l'espace est réduit plus je trouve mes repères et sens mon appartenance. Depuis mes premières heures je baigne dans un lac bordant des rives que mes pères ont su préserver pour que je m'y construise avec les années. Je vis dans un village avec mes 2 grands mères à moins de 500m de chez moi et 6 oncles et tantes dans un rayon de 2 km. Je réside dans des murs existants depuis 1927 qui sont un lieu de vie privilégié de bon nombre de villageois. C'est une enfance unique qui m'a été donnée et je sais combien j'ai de la chance de pouvoir le dire. C'est ici que pour moi tout a commencé c'est grâce à tout ça qu'aujourd'hui je suis comme cela. C'est un profond respect que j'ai pour mes racines car je me sens solidement fondé pour pouvoir me développer. Dans ce coin du monde où la nature prend toute sa place et son caractère je me sens grain de sable désireux de préserver et transmettre ce qui m'est si précieux. Nicolas: Pour moi, le club est vraiment important. C'est mon club d'origine et je ne suis pas prêt de changer. Le club (comités, salariés, bénévoles et rameurs) a fait beaucoup pour m'ammener là ou je suis, et je lui suis reconnaissant. CAT: Nous parlions tout à l'heure de sports médiatiques comme le football ou le rugby. Ce sont deux sports haut niveau professionnels. On semble connaître l'agenda bien rempli des footballeurs et rugbymen entre entraînements, matchs, séances photo, publicités, etc. Quel est l'agenda d'un Simon Dubouloz, d'un Nicolas Moutton sur une année comme 2008, 2009 ? Simon: Celui de Simon sûr une année 2009 semble vide au premier regard. Mais il faut savoir regarder. Je pense vivre une très belle période et j'en suis conscient. D'un côté j'ai terminé un master STAPS de préparateur physique et mental. J'ai une somme de connaissance sportive. Je suis aussi en formation du Brevet d'Etat d'éducateur sportif 2° degré ou je rencontre bon nombre de cadres issus de l'aviron. L'échange de savoirs est aussi "monstrueux". De l'autre je vis des expériences d'aviron bestiales ! Des championnats du monde (universitaire et à la mer), un appairages de 3 mois in situ à Chalon sur sâone et la participation à la formation de futurs rameurs et champions en devenir ! J'ai aujourd'hui la possibilité de "le faire à ma façon". La victoire et la réussite ne sont pas toujours là mais peu importe l'expérience se construit jours après jours. Alors on peut appeler cela année sabbatique, sympathique ou ne pas l'appeler du tout. Seulement son contenu est plus que riche, il est inestimable. Nicolas: Nous n'avons pas de séance photo ou des publicités à faire mais personnellement, je n 'ai pas beaucoup de temps libre. Avec l'équipe de france, j'ai à peu près deux semaines de stage d'entrainement par mois. Mais nous ne pouvons pas faire carrière dans l'aviron, donc les études sont importantes. Entre les cours, les devoirs, et les entrainements, j'ai des journées bien chargées. CAT: ...et une journéee "type" cela donne quoi ? (levé à ... entraînement à ...., etc.) Simon: Pas de journées "types". Seulement il arrive que certaines se ressemblent plus que d'autres. J'aime me réveiller ni trop tôt, ni trop tard. 7h me va bien. Jusqu'à midi il faut que je m'entraîne (compte un bloc de 2h +/- 30 min), que je bosse le BE2 (1h déjà bien le matin), le petit déjeuner très important (30 min) et puis le reste pour la promenade du matin avec le chien et puis plein de d'affaires qui ne vous regardent pas.  Ensuite j'aime bien aller piquer une tête à midi quand le temps le permet. Jusqu'a 2 heures y a souvent des choses à faire et quand je peux aider au restaurant je le fais. Mais je suis un adepte de la sieste alors ce n'est pas toujours facile. De 14h à 20h c'est le club : mon entraînement, mais aussi celui des autres quand je peux aider j'y vais. 6 heures dans l'après midi passent assez vite et quand je peux je me remet sur les cours BE2. Je n'ai pas une allure de travail très élevée, ça traîne souvent. Et puis je finis par un (bon) repas. Mais il ne faut pas oublier les soirées ! Je dois avouer que j'aime aller "roder" le soir. Rien de très extravagant mais se retrouver entre ami(e)s, s’amuser rencontrer des gens est très important. L'Auberge est ouverte tous les soirs et j'ai l'habitude de voir passer des gens et qu'il y ait de l'animation jusqu'à 22 heures. J'y aime voilà tout. Nicolas: Je me lève généralement à 7heures. J'ai une heure pour préparer mes cours de la journée. De 8h à 18h, je suis en cours, avec deux heures de pause à midi. En fin de journée, je vais m'entraîner. Je rentre chez moi vers 20h30/21h (ça dépend de l'entrainement). Je mange et je travaille un peu. J'essaie de ne pas aller coucher trop tard, le repos est important pour être efficace le lendemain. CAT: vous semblez être des rameurs complets puisque vous passez semble-t-il aisément de la "couple" à la "pointe" ? Simon: Personnellement je ne me sens pas complet. Nico lui est capable de passer des 2 cotés en pointe et il est très efficace en skiff. Je ne me considère pas encore comme un bon skiffeur même si mes performances en couple sont appréciées dans des bateaux longs. Je suis coupleux de base c'est vrai mais j'ai une préférence pour la pointe, pourquoi faire simple ? La dépendance d'un équipier et l'association des talents me plait. Je reste persuadé que l'aviron est un sport d'équipe ! Mais dans chaque équipe il y a des plus forts que d'autres et il faut accepter cette différence si chacun s'emploi à son maximum. En pointe ramer à tribord est encore trop compliqué pour moi et j'aimerais savoir me déborder. C'est encore difficile pour moi ! Mais il n'y a rien d'impossible.
Nicolas: Le principe est toujours le même, il faut réussir à être efficient. Il faut arriver à faire avancer le bateau le plus vite possible avec le moins d'énergie. Pour cela, il faut travailler techniquement. Quand j'étais jeune, je ne pensais qu'à ramer "long et fort" (c'était notre devise) mais j'ai compris que le but était quand même de faire glisser le bateau. CAT: on a presque du mal à vous poser cette question mais, à côté de l'aviron, il y a quoi ? Je précise ma question: l'aviron est un sport amateur comme chacun sait. L'avenir d'un rameur même de haut niveau ne peut se concevoir en entretenant un magot qu'il aurait accumulé au cours de sa carrière sportive. Vous êtes jeunes mais aussi à vous préoccuper j'imagine de votre vie professionnelle. Comment l'envisagez-vous ? Comment vous y préparez-vous ? Simon: Mon magot accumulé ne se constitue pas que de médailles sonantes et trébuchantes ! Il est surtout la somme de nombreuses expériences qui vont m'aider dans l'avenir. Mieux comprendre l'aviron en général me permet d'envisager une carrière d'encadrant au sein d'un club c'est évident. Mais les expériences entre sportifs n'étaient pas centrées que sur l'aviron ! J'ai aussi un fort héritage familial et qui le restera... Nicolas: Pour l'instant Je suis encore étudiant en école d'ingénieur en matériaux. Il me reste encore un an à faire mais après il faut rentrer dans la vie active, et là c'est pas pareil. Je ne sais pas encore ou je veux aller mais il va falloir bien y préparer. Il faudra trouver un compromis entre le travail et l'aviron. CAT: quelles sont vos prochaines échéances sportives ? A court, moyen et long terme. Simon: J'aimerais rapporter un titre de champion de France et Mondial à la mer en 2009. Ca c'est pour le court terme ! Ensuite ne pas trop laisser d'avance à Nicolas et le rejoindre dans le collectif français. Cela représente encore beaucoup de travail mais j'ai bien envie d'essayer. A long terme j'aimerais construire un groupe sénior plus étoffé et durable ou chacun pourrait trouver sa place et figurer au mieux sur les régates nationales. Nicolas: Mes prochaines échéances seront au niveau de l'équipe de france: la 3ème manche de coupe du monde à Lucerne, puis le championnat du monde à Poznan. Au niveau du club, il faut que l'on prépare l'aviron de mer, on a une revanche en 4 avec les malouins. CAT: enfin, que voudriez-vous rajouter, laisser un message particulier ? Simon: Ce n'est que du sport ! En cela il est dans ce monde des événements bien plus dur et douloureux à supporter. Mais...Faire du sport c'est sortir de chez soi et en même temps sortir de soi (Paul Vialar). Il nous est possible de s'évader quelques instants et de nous recentrer sur une unique action, rien d'autre. Faire avancer un bateau. Il faut savoir se rendre compte et profiter de ces moments si particuliers où l'homme, l'eau et le bateau sont les éléments formant une bulle calme et silencieuse. Ces instants sont si précieux qu'il faut les vivre au maximum à une intensité telle que leur simplicité nous fasse tout oublié de la réalité. Pour une courte éternité. Sachez profiter de ces moments sur l'eau car ils vous guideront vers vos idéaux. Nicolas: Non, je trouve que j'ai déjà beaucoup parlé (humour). CAT: Nicolas, Simon, nous vous remercions et vous souhaitons de belles réussites lors de vos prochaines courses. |